Comment j’ai côtoyé la mort au Pays Toraja

Au début du mois, j’ai profité du long week-end de Pâques pour partir 5 jours au pays de la mort, entendez le Pays Toraja, cette région de Sulawesi Sud dont la culture tourne essentiellement autour du culte de la grande faucheuse.

Un peu d’explications à tendance Wikipédiante, pour vous poser le décor :

Les Torajas sont un groupe ethnique indigène d’une région montagneuse de Sulawesi du Sud, en Indonésie (jusque là, rien de nouveau). La plus grande partie de la population est chrétienne, le reste étant musulman ou animiste.

Le mot Toraja vient du mot de la langue bugis « to ri aya », qui signifie « gens d’en-haut ». Les Torajas sont renommés pour leurs rites funéraires élaborés, leur sites funéraires taillés dans les falaises rocheuses, leurs maisons traditionnelles massives aux toits en pointe connues sous le nom de tongkonan, et leurs sculptures sur bois colorés. Les rites funéraires torajas sont d’importants évènements sociaux, qui durent plusieurs jours et auxquels assistent en général des centaines de gens.

Bon, fin de la minute culturelle, passons au récit du voyage (vachement plus fun)

La région est assez difficile d’accès et ne pullule donc pas de touristes. L’essentiel des touristes sont français, notre chère patrie ayant apparemment la réputation d’aimer découvrir la culture, plus que la farniente. La plupart des personnes travaillant dans le tourisme pourront donc vous parler français, et ça, parfois, c’est agréable.

Une fois arrivées à l’aéroport de Makassar (qui soit dit en passant, est très moderne, ça change de Jakarta!), nous avons pris un bus de nuit pour nous rendre dans la région. Les bus sont très confortables, on peut quasiment s’allonger dans le fauteuil. C’est parti pour 9 heures de route!!

Nous posons nos valises sacs à dos à Rantepao, la capitale du pays Toraja. Notre guide nous attendait au terminus du bus, et nous a pris en charge depuis notre arrivée jusqu’au départ, avec un chauffeur. Donc pas de prise de tête pour les transports et le repérage.

Jour 1

Les tombes de Lemo

La caractéristique des Torajas est l’enterrement dans des tombes creusées dans des falaises, avec des balcons où sont posées des poupées à l’effigie des défunts. Chaque caveau, fermé par un système de verrouillage secret, abrite les membres d’une même famille. Les corps sont enveloppés dans des linceuls ornés d’or, et le pillage des sépultures est considéré comme le crime le plus grave. Les tau-tau, effigies de bois, sont placées dans des niches à côté des tombeaux. Sculptées à l’image des défunts, elles honorent leur souvenir. Ainsi les vivants peuvent contempler les morts et inversement. La position des mains est rituelle, une main, paume tendue vers le ciel, reçoit les bienfaits que l’autre rend. Seuls les nobles, garants de la tradition, ont droit à leur effigie.

Les Baby graves de Tampang Alo: dans la tradition Toraja, les bébés morts-nés et les enfants qui meurent jeunes sont enterrés dans le tronc d’un arbre. Ainsi, leur âme monte vers le ciel grâce au tronc. Les enfants sont enterrés avec le placenta. Sur la photo, on voit que des portes sont tombées, et l’arbre s’est totalement refermé sur le corps.

Puis, dans le marché traditionnel de Makale, on aperçoit les porcs attachés encore vivants, préparés pour les sacrifices des rites funéraires.

Jour 2

On visite un village traditionnel, construit uniquement pour les funérailles. Les préparatifs sont réalisés bénévolement par de nombreuses personnes, à plein temps. Une fois la cérémonie terminée, le village sera déconstruit, puis un autre prendra sa place, et comme cela, indéfiniment. Non non, ne posez pas la question, il faut en refaire un autre à chaque fois, sinon c’est trop simple!

Comme déjà expliqué dans un article précédent, les toits des maisons Torajas ont la forme des cornes de buffle, animal sacré, sacrifiés pour les funérailles, afin d’accompagné le mort dans son voyage vers le paradis.

Au fond du village, on trouve les hanging grave, les tombeaux suspendus sur les falaises. C’est une autre forme de tombeaux, assez répandus dans la région. RdV avec les crânes et les os… Ici les offrandes sont originales : des cigarettes et de l’alcool pour les fumeurs et alcooliques de leur vivant… Pour ne pas perdre les bonnes habitudes, même dans l’au delà!

Puis, on reprend la voiture pour se diriger vers les tombeaux dans les grottes (oui, ça fait beaucoup de tombeaux!) On doit ramper dans une toute petite cavité pour parvenir aux cercueils, crânes et autres festivités. Pas du tout effrayants dans le noir, non non!

Jour 3

ce jour là, nous avons assisté au 4ème jour d’une cérémonie funéraire : la mise en tombeau. Chez les Toraja, les rites funéraires sont très importants. L’enterrement officiel peut avoir lieu longtemps après la mort. Tant que la cérémonie funéraire n’a pas eu lieu, la personne est considérée comme « malade », et conservée dans une chambre de la maison familiale. On lui injecte de temps en temps du Formol dans l’estomac.

 Les festivités s’étendent sur 4 jours. Elles sont offertes par de riches familles qui, parfois, s’associent. Les fêtes réunissent souvent jusqu’à plusieurs milliers de personnes. Les rituels mortuaires donnent lieu à de nombreux sacrifices de buffles. Le premier buffle immolé l’est toujours à l’ouest de la maison. La gorge tranchée par un violent coup de parang (sorte de machette), celui-ci va tomber et agoniser en quelques secondes. Des enfants se précipitent pour recueillir son sang dans des tubes de bambou. Les Toraja croient que les buffles accompagnent le défunt au pays des morts. Pour l’aider à tenir son rang dans l’au-delà, on en immole le plus grand nombre. C’est là un signe de prestige.L’enterrement a parfois lieu des années après la mort. La mise au tombeau constitue un moment important du rituel. Le cortège funèbre s’arrête sur le chemin de la sépulture, les femmes et les enfants retournent au village car ils ne sont pas admis à escorter le mort jusqu’à son tombeau, aménagé dans une grotte. Enveloppée dans un linceul rouge et or, la dépouille est hissée le long d’un échafaudage, tandis que l’on ouvre la porte du caveau de la famille.

Les rites funéraires sont essentiels pour se concilier les faveurs des défunts notamment pour obtenir d’eux une influence bénéfique sur l’agriculture.

Voici quelques photos de la journée :

Les femmes se jettent sur le cercueil pendant la danse funéraire, pour pleurer le mort. Un moment fort pour nous touristes.

Puis, les hommes transportent le cercueil jusqu’au tombeau, après le repas constitué des buffles sacrifiés le matin même. Et là, à notre grande surprise, ils secouent le défunt, jette des bombes à eaux sur le cercueil, se suspendent au brancard… C’est la fête!! Et le mort doit être sacrément ratatiné là dedans..!

Jour 4 

Nous visitons le marché des buffles, toujours pour les sacrifices. Ici, un buffle coûte le prix d’une voiture, et les albinos valent parfois une fois et demie le prix d’un buffle normal. Sur la photo, un albinos.

 Puis, on se dirige lentement vers l’aéroport, pour le départ… Sur la route, de magnifiques panorama:

 

 

Nous avons terminé notre fabuleux voyage par une expérience inoubliable : la nuit chez l’habitant. Nous avons partagé le temps d’une soirée et d’une nuit, la vie des locaux. Avec la famille, qui ne parle ni anglais, ni français, nous avons appris a partagé par le regard, les gestes, les sourires..

On apprend, avec la grand-mère, à cuisiner « à la Toraja », en cuisant la viande dans un bambou.

On goûte les joies de la salle de bain à l’indonésienne, au fond de la forêt!

Notre chambre (inutile de dire qu’on a flippé toute la nuit que Papi soit allongé dans la chambre d’à côté, noyé dans son formol, attendant la cérémonie d’enterrement depuis 1 an ou 2… :)

Et on nourrit les cochons le matin, à 6 heures..!

Une super expérience, que je conseille à tous les voyageurs en Indonésie, les indonésiens étant réputés pour leur hospitalité, vous ne le regretterez pas!

Jour 5

Essentiellement de la route vers l’aéroport, on s’arrête dans l’après)midi pour aller faire un tour de pirogue et visiter le village de pêcheurs flottants sur un immense lac.

Voilà, ma petite très longue histoire se termine ici, nous avons repris l’avion vers Jakarta et notre routine quotidienne! Ce fût l’un de mes meilleurs voyages, une vraie rencontre culturelle, des souvenirs gravés à jamais!

Voici les contacts, pour ceux que cela intéresse :

Petrus Yuli (parle français), petrusyuli@yahoo.com

Nous avons payé 2 millions IDR tout compris (hôtels, repas, entrées visites, chauffeur et guide) par personne.

M

Pour ceux qui souhaitent suivre mon blog, je suis sur twitter et Hellocoton, ou vous pouvez tout simplement suivre le blog en cliquant dans la colonne de droite « qui m’aime me suive ».

N’hésitez pas également à commenter ou à poser vos questions, je réponds aussi vite que mon ombre!

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14 thoughts on “Comment j’ai côtoyé la mort au Pays Toraja

  1. un peu trop a la dure pour moi ce voyage, j’ai deja donne… (avec qqs jours dans la brousse en centrafrique et en amazonie en guyane), j’ai chope qqs saloperies, ca m’a vacciné. pourtant ce sont toujours de sueprbes souvenirs
    xo

  2. par la même agence? mais nous nous avons dormi chez l’habitant et mangé dans des petits restaurants de rue…

    • Hello!! Désole pour ma réponse tardive! Alors tu es allee a Sumatra seule pour finir?? Je ne pense pas que voyager seule au pays toraja sois un probleme du moment que ta tenue est respectable.. c est l ile d indinesie ou j ai le plus ressenti de tension envers ma petite personne de femme occidentale! meme si ce n est clairement pas la majorité, le respect de la culture est essentiel!J ai décidé de publier plus d articles a partir de maintenant même si je suis rentrée en France mais il me reste pas mal de voyages a résumer!

  3. Merci!! Je ne suis plus à Jakarta depuis un semestre déjà…! Et tous ces week-ends me manquent!! je te conseille d’en profiter un maximum, surtout que les prix sur place nous permettent de profiter! Je ne pense pas faire plus d’articles, car plus le courage, mais j’ai fait pas mal d’autres endroits en Indonésie, alors si tu as besoin de conseils sur les hotels, les guides, tu peux toujours me demander, je me ferai un plaisir :)
    Profite pour ceux qui sont retournés en France!

  4. Wahou 2 millions IDR pour 4 jours par personne, c’est bien ça ? Je projette d’y aller dans le mois, mais seule. Tu en penses quoi ? Trop compliqué, ou jouable en solo ? Merci pour tes conseils :)

  5. Hello!

    Pour ma part le même guide me propose 290 Euros /pers soit plus de 3500000 IDR… et c’est celui qui me propose le tarif le plus intéressant pour l’instant. Je ne sais pas quoi penser.

    • C’est étrange.. Les prix varient sûrement en fonction de la saison. Mais l avantage que nous avions c est que nous étions résidant en Indonésie et que le guide avait un intérêt de nous fidéliser pour que nous recommandions ses services aux autres expatriés! Il ne faut surtout pas hésiter a négocier durement!

  6. Je voudrais aller au pays toradja pour 10 jours je suis à Bali
    En moto que me conseillez vous et quel serait le prix
    Merci de votre aide
    Annie

  7. fait le même voyage, un souvenir inoubliable et riche en culture. J’ai apprécié vraiment ces indonésiens souriants et aimables.

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